Le passé à abandonner au plus vite est représenté par le système économique globalisé actuel (voire article : relocaliser l’économie).
L’agriculture biologique a été initiée il y une quarantaine d’années par une poignée d’agriculteurs courageux et d’agronomes clairvoyants.
Il s’agit de la méthode de production la plus économe en énergie fossile, au meilleur rendement, exprimé en énergie produite par rapport à l’énergie consommée pour produire.
Elle utilise les ressources naturelles de fertilisation des sols en stimulant les processus de mise à disposition par les sols des matières nutritives. Elle tire profit d’une rotation minutieuse des cultures, alternant les productions capables de fertiliser le sol en azote (les légumineuses, comme la luzerne, les pois, le soja) et celles exigeantes en azote mais pas capables de le produire, comme les pommes de terre ou les céréales.
L’agriculture irraisonnée, le modèle du vingtième siècle, considère le sol comme un simple support à enrichir avec des substances nutritives minérales produites grâce à l’industrie pétrolière dans le cas de l’azote. Or cette production consomme une énergie considérable. C’est l’une des raisons, mais pas la seule (production de pesticides, transport sur de longues distances, suremballage) qui explique que le mode d’alimentation d’aujourd’hui, n’a jamais été aussi peu performant et est le plus cher à produire.
Les prétendues performances économiques de la filière agricole au siècle dernier repose sur de nombreux artifices : énergie fossile à prix dérisoire, recours à des substances toxiques comme de nombreux pesticides interdits d’année en année, subventions massives, exonération du prix de l’eau, exonération de la taxe pollueur – payeur (redevance sur l’eau) appliquée à toutes les autres industries, …
Dans de telles conditions de favoritisme, il est aisé de prétendre à la performance.
Le Bio, le choix des français
Le système agricole industriel ne représente pas l’avenir souhaité par une forte majorité de citoyens. 77% d’entre eux pensent que l’agriculture biologique pourrait résoudre les problèmes environnementaux. 84% souhaitent le développement de l’agriculture biologique (source : baromètre Agence Bio, sondage CSA publié le 10/11/08).
En effet, l’agriculture et l’élevage industriels sont parmi les principaux responsables de la pollution par les nitrates des nappes souterraines et de la pollution des sols, de l’eau et de l’atmosphère en éléments biocides, véhiculés sur de grandes distances.
Vacance démocratique
Mais seulement 6 % des français consomment des produits biologiques tous les jours. Il y au moins 2 raisons qui expliquent ce grand écart entre la volonté et les actes.
Toutes 2 sont imputables à l’immobilisme des pouvoirs politiques depuis des décennies.
1 Distorsion de concurrence
La production biologique supporte toutes les contraintes (mains d’œuvre plus importante, production locale qui demande du temps, certification couteuse, aucun soutien des instances syndicales majoritaires, un effort de recherche et d’innovation dérisoire par l’Institut de Recherche Agronomique qui concentre l’essentiel de son budget à l’agriculture et l’élevage industriels. Ces modes de production bénéficient au contraire de tous les soutiens et n’ont pas à financer les nuisances environnementales qu’ils génèrent.
Dans de telles conditions de distorsion de concurrence, comment s’étonner que la production biologique coûte plus cher ?
L’agriculture biologique est plus cher non pas parce qu’elle n’est pas rentable, mais parce que la politique agricole maintien un système contre performant sous perfusion assistée, à l’encontre du choix du consommateur et au détriment de sa santé et de l’environnement.
2 Production très insuffisante
Seulement 2 % de la surface agricole française est à ce jour dévolu à la production biologique. La France occupe ainsi la 19ième place sur les 25 pays européens. Preuve, s’il en est que l’Union européenne, qui historiquement s’est construite autour de la politique agricole commune, n’est pas entièrement responsable de la situation. En Autriche le même pourcentage atteint 11%. Plus proche de nous et autre pays fondateur avec la France de l’Europe communautaire, l’Italie affiche 8, 5 %.
La moyenne européenne s’établit à 4%. La France, le premier pays agricole de l’Europe fait deux fois moins bien!
(sources statistiques : Nouvelle Europe, 08/11/08)
Dans ces conditions, l’offre ne peut satisfaire des demandes croissantes.
C’est ce qui explique que lorsque nous souhaitons acheter des produits typiques de nos terroirs comme des grains de tournesols ou de lins de qualité biologique, bien souvent, ils proviennent de l’autre bout de la planète. Biologique oui, écologique sur le lieu de production, oui, écologique sur le lieu de consommation : pas si sûr vu les transports longue distance.
Evaluation de l’action gouvernementale suite au Grenelle
Le Président de la République a instauré un système d’évaluation régulière de l’action gouvernementale.
Le Grenelle de l’environnement a fixé comme objectif de multiplier par 3 les surfaces agricoles consacrées à la production biologique en cinq ans. Soit en 2013, une surface de 6%, par comparaison, 2% de moins que l’Italie en 2008 !
A ce rythme le décalage entre la volonté citoyenne et l’action politique n’est pas prêt de diminuer. L’accélération de ce rythme sera dépendante en partie de l’augmentation de la demande de produits biologiques régionaux. La production maraîchère en particulier est la plus rapidement susceptible d’augmenter ses surfaces d’années en années. |